Archives pour la catégorie Non classé

Déploiement

Bonjour à chacune et à chacun,

Nous avons dû reporter sine die l’écriture de nos articles en raison des activités fort prenantes de nos jeunes associations… ce qui est d’ailleurs un signe très encourageant pour leur avenir ! Entre les cours individuels et les interventions institutionnelles, il ne restait que peu d’heures pour écrire efficacement sur « la joie de connaître ». Nous avons donc décidé de faire une pause – assez longue – pour pouvoir nous consacrer à la création de supports pédagogiques adaptés à notre état d’esprit et à notre démarche pédagogique.

Une partie de ce travail est achevé et nous avons mis en ligne, sur le site asso-moveo.fr, quelques extraits des supports d’apprentissage de la langue française que nous utilisons lors de nos interventions (à domicile, auprès des écoliers et des collégiens, mais aussi dans les lycées professionnels, au CFA…) et qui peuvent servir à tous ceux qui souhaitent apprendre ou réviser l’écriture et la lecture de notre belle langue à partir de bases simples et solides (il s’agit d’une méthode syllabique, bien entendu).

Certes, les supports pédagogiques ne sont que des outils, et tout dépend de la manière dont chaque sujet apprenant les évoque mentalement, ainsi que des projets de sens qui l’animent.

Moveo et Moveo Formation se devaient, toutefois, de créer ces supports car ils sont la traduction explicite d’une vision de l’apprentissage  :

– le respect du temps et du rythme de chacun ;

– le respect de sa manière de connaître ;

– le déploiement d’un « univers de sens » à travers des supports variés, visuellement beaux et attractifs ;

le déploiement de l’apprentissage sur le long terme car apprendre une langue, c’est entrer dans une manière singulière de voir et d’interpréter le réel et – c’est une évidence bonne à rappeler – qui prend du temps ; il s’agit d’un cheminement, d’un émerveillement, d’un étonnement. En bref, apprendre la langue française, c’est entrer dans la culture française : son histoire, ses luttes sociales, politiques, économiques, ses trésors littéraires, son esprit scientifique, sa soif d’affranchissement moral et spirituel, mais aussi l’histoire de sa langue, de ses contradictions, de cette obsession toute française à la bien parler, à en interpréter les règles et à la transmettre…

Pour présenter quelques aspects de l’imagier et des supports de cours, nous avons sélectionné ceux qui nous ont semblé les plus parlants.

1/ La progressivité de l’apprentissage

Nos outils permettent de maîtriser les principaux phonèmes et graphèmes de la langue française en les abordant d’une manière rigoureuse et progressive. Chaque séquence bien maîtrisée permet ensuite de passer sans difficulté à la suivante. Cela signifie qu’il s’agit d’entendre et de prononcer correctement les phonèmes, d’écrire correctement les graphèmes correspondant à partir du vocabulaire sélectionné, d’échanger oralement sur ce vocabulaire, d’écrire ensuite des phrases sous la dictée et d’aborder enfin la grammaire et la conjugaison sous l’angle « du sens ». Moveo et Moveo Formation ont développé un véritable savoir-faire dans ces domaines.

2/ L’absence de difficultés induites

Nous nous sommes attachés à réduire à un minimum de principes simples la présentation des séquences, de manière à faciliter la mémorisation des soi-disant « difficultés orthographiques » :

– présentation des graphèmes de manière à isoler précisément les phonèmes auxquels ils renvoient ;

– mise en évidence visuelle des principales natures de mots (autour du nom et du verbe) ;

– découpage syllabique, suivi des mots entiers ;

– mise en évidence des lettres muettes dès la première séquence de syllabes ;

– signalement du genre des mots par un code en couleur simple ;

– inclusion de phrases de complexité croissante.

Pour maîtriser l’ensemble des codes écrits et oraux, nous privilégions la rigueur et la simplicité de l’apprentissage sans recours à d’éventuels « trucs et astuces pour retenir » car ces derniers encombrent l’esprit de règles qui n’ont aucun rapport avec le sens et l’histoire des mots. Nous appliquons d’ailleurs ces mêmes principes dans l’étude de la grammaire, en bannissant systématiquement le fourre-tout des règles « qui marchent » mais dont personne ne comprend plus l’utilité pédagogique puisqu’elles n’ont aucun sens1 !

3/ La liberté d’entrer et de sortir

Si nos supports ont été conçus selon une progression rigoureusement pensée, il n’en demeure pas moins que cette dernière peut être abordée par n’importe quelle séquence, au gré des envies et des besoins de chacun.

Par exemple, pour résoudre une difficulté de prononciation de la lettre « x » ou pour connaître l’écriture du graphème correspondant au son [o], on pourra se rendre directement à ces séquences. Au passage, on se rendra compte qu’il y a peut-être une erreur de prononciation de tel ou tel phonème, et l’on pourra l’isoler en se rendant dans une autre séquence, et ainsi de suite…

4/ La diversité pour l’étude de la langue

Nos supports ont été créés de manière à faire vivre le sens profond des règles grammaticales et orthographiques, qui sont souvent présentées comme un pensum. Or, il suffit de faire vivre à chacun le sens concret des mots et des phrases en en lui faisant dégager les règles pour qu’aussitôt, la pénibilité cède la place à la joie, celle de s’étonner et de comprendre.

Nos supports offrent une large palette de ressources pour nos cours, afin d’étudier la grammaire, l’orthographe, la conjugaison et la syntaxe sur une base de vocabulaire la plus large possible.

5/ Pourquoi un imagier ?

Clairement destiné aux personnes dont le français n’est pas la langue d’origine, l’imagier peut également servir de support à tous ceux qui ont besoin d’images en perception pour apprendre et ce, quelle que soit la traduction mentale qu’ils s’en donnent.

6/ Des fondations solides et rassurantes

Dans l’apprentissage de la langue française, le nombre de règles grammaticales, orthographiques ou de conjugaison peut sembler considérable. Par ailleurs, l’approche scolaire de ces matières les a souvent fait passer pour insipides et indigestes, voire décourageantes. Or, il n’en est rien ! Pour peu qu’on les aborde avec régularité, exigence et sous l’angle du sens, elles deviennent en réalité passionnantes.

Exemples : le mode « infinitif » est d’une richesse inouïe pour exprimer le non-réalisé et la diversité des possibles dont ne doit pas être dupe le lecteur ou l’auditeur ; un verbe, dans une phrase, porte à lui seul dix informations essentielles ; quatre verbes, en français, portent à eux seuls l’ensemble des relations qu’entretient un être avec lui-même et avec son environnement ; il y a neuf natures de mots seulement à connaître par cœur ; etc.

7/ Un monde ouvert

Ces supports sont destinés à évoluer avec le temps pour tenir compte des besoins et des remarques de ceux qui les utilisent au quotidien – sans compter les erreurs de frappe ou de pagination, inévitables malgré tous nos soins de relecture. Plusieurs évolutions significatives seront apportées à ces supports dès la fin de l’année 2018.

Et après ?

Moveo et Moveo Formation travaillent actuellement à des supports destinés aux jeunes passant le baccalauréat de français, autour du thème : Comment comprendre les textes littéraires grâce à la grammaire et à la conjugaison ?

Il est en effet remarquable de constater que la plupart des jeunes que nous accompagnons sont incapables de comprendre finement un texte parce qu’ils ne maîtrisent par le sens profond des conjugaisons et de la grammaire. La plupart ne gèrent même pas les prépositions et les conjonctions et ce, malgré (ou à cause d’) une dizaine d’années d’école ! Comment prétendre présenter une œuvre, en dégager le sens et l’analyser avec un esprit critique alors que l’on ne maîtrise même pas les codes de base pour l’aborder ?!

Au niveau de l’écriture, il n’est pas rare de rencontrer des jeunes de première ou de terminale qui écrivent sans mettre les accents sur le « e » ou le point sur le « j » !

Heureusement, tout ces constats ne sont pas fatalité. Nos deux associations attachent une très grande importance à la maîtrise des codes oraux et écrits, à la maîtrise de la grammaire et de la conjugaison (y compris l’ensemble des modes conditionnel et subjectif !) ainsi qu’à la compréhension fine des textes littéraires ; et elles traduisent ces exigences en actes.

Notre conviction est la suivante : la langue française n’a pas été la première langue diplomatique dans le monde, pendant plusieurs siècles, pour rien, et nous nous faisons fort d’aider chaque enfant, chaque jeune, chaque adulte à comprendre pourquoi, dès lors qu’il acceptera de consacrer un minimum de temps par jour à son étude2. Car le français, avec la diversité de ses modes et de ses temps, permet de saisir, avec nuances, les subtilités et la beauté de la réalité.

Oui, nous avons la prétention d’aider chacun, pour peu qu’il le désire, à découvrir et à aimer Flaubert, Montaigne, Giono, Sand, Camus, Senghor mais aussi Reza, Heaume, Maalouf… et tant d’autres.

Mais surtout Flaubert !

(à suivre)

Christophe

1 Exemples : Pour savoir si on met l’infinitif ou le participe passé d’un verbe dans une phrase, il faut remplacer par un verbe du troisième groupe ; pour savoir si je mets « à » ou « a », je remplace par « avait », etc. 

2La motivation pour l’étude de la langue ne se décrète pas : elle vient du sentiment de puissance que donne une compréhension réelle de la grammaire, de la conjugaison et de l’orthographe, d’autant plus réel que nous sommes à l’heure de la virtualité et des codes visuels !

Publicités

La passion de la liberté

Les philosophes dont nous nous inspirons pour éclairer nos actions et nos réflexions au sein de l’association Moveo ont un point commun : leur passion et l’engagement de toute leur vie à promouvoir la liberté de l’être humain, en éducation et plus largement dans la conduite de sa vie en société.

Dans l’Enracinement,[1] Simone Weil définit ainsi la « liberté d’opinion » :

« la liberté d’expression totale, illimitée, pour toute opinion quelle qu’elle soit, sans aucune restriction ni réserve, est un besoin absolu pour l’intelligence. »

Mais elle précise ce qu’elle entend par intelligence. Celle-ci s’exerce, selon elle,  de trois manières : pour résoudre des problèmes techniques, pour délibérer afin d’éclairer la volonté dans le choix d’une orientation et pour spéculer de façon purement théorique. C’est dans ce dernier cas seulement qu’elle considère que l’âme doit disposer d’une « liberté souveraine »[2]. Weil déconnecte ainsi volontairement la réflexion théorique de l’action dans le domaine de l’expression de l’opinion.

Pour cette raison, dès le plus jeune âge, nous pensons que les deux endroits privilégiés qui doivent la permettre sont la famille (d’abord) et l’école : il revient à chacune, à sa manière, de fournir à l’enfant et à l’adolescent les moyens d’exercer cette liberté fondamentale au cœur des apprentissages.

Bien entendu, spécifiquement centrée sur l’enfant, nous retrouvons cette liberté dans l’éducation, cette fois-ci chez Maria Montessori :

« C’est lui [l’enfant] qui décide ; c’est l’application et le travail de sa conscience, l’exercice de sa responsabilité. C’est ainsi qu’il sera libéré du plus grand des dangers : celui de laisser entre les mains de l’adulte la responsabilité de ses actes, condamnant sa propre conscience au sommeil. »[3]

Cette sentence de Montessori résonne comme un coup de tonnerre – ô combien salutaire ! – dans le ciel pédagogique des adultes qui « savent ce qui est bon pour l’enfant ».

La philosophie de Montessori[4] est un appel à respecter et à accompagner les élans de l’enfant pour connaître. Si nous craignons aujourd’hui d’y laisser libre cours dans l’apprentissage (de la lecture, de la numération, de la grammaire, de la conjugaison…), c’est bien parce que nous avons peur de l’anarchie, de la paresse, du désordre, etc. que nous imaginons devoir subir si nous cessions de le tenir sous le joug de nos contraintes – que nous imaginons également nécessaires à son développement. Or, si l’on observe les enfants dans les écoles Montessori ou bien ceux qui vivent leurs « apprentissages autonomes », il est évident que ces peurs sont de purs phantasmes dans la mesure où, très tôt, leur liberté de connaître est profondément respectée. Bien que nous soyons peu habitués à considérer l’enfant sous cet aspect, Montessori en donne une explication simple : « le développement psychique ne survient pas par hasard, […] il n’a pas ses origines dans les stimulants du monde extérieur »[5]. D’ailleurs, pouvons-nous raisonnablement croire que notre système scolaire, son rythme et ses matières imposées respectent l’appétit et la soif naturelle de connaître présents en l’être humain, qu’elles l’aident à réaliser ses aspirations profondes, qu’elles développent son goût du bien, du vrai et du beau ?!

Empêtrés dans un monde économique réclamant toujours plus d’efficacité, de compétences, d’adaptabilité, oserions-nous seulement laisser le temps à l’enfant de découvrir à son rythme et à son initiative les mots, les lettres, l’écriture ? Oserions-nous lui fournir les moyens et seulement les moyens d’apprendre par lui-même, en suivant ses demandes et non un programme défini, un référentiel ou un socle de compétences ? Oserions-nous abandonner notre désir de contrôler, de fixer et de réglementer ce qui, en l’âme de l’enfant, n’en a nullement besoin ?!

L’inquiétude et le stress de certains parents que nous rencontrons sont directement liés à cette peur que leur enfant n’y arrive pas, qu’il ne puisse faire d’études, qu’il n’ait un travail bien rémunéré, bref, qu’il rate sa vie. Un directeur d’établissement scolaire privé ne nous confiait-il pas, il y a quelque temps, qu’il était bon que les enfants en primaire soient familiarisés avec l’anglais afin d’enrichir plus tard leur curriculum vitae d’un niveau d’excellence et de poursuivre ultérieurement des études dans les meilleures écoles. Etant donné le coût élevé de la scolarité réclamée en contrepartie, il invitait à considérer cela comme un « investissement pour l’avenir. »

Nous pensons, au contraire, que le meilleur investissement pour la réussite et l’épanouissement des individus est de croire en leur « âme cognitive » : un être humain devrait être laissé libre de conduire  ses apprentissages dès le plus jeune âge. En effet, un acte de connaissance ne se décrète pas ! Il ne peut qu’être accompagné et favorisé. Un élève n’a pas à être « stimulé », « motivé » par une instance extérieure. C’est vers son être même qu’il a à être conduit (nous aurons l’occasion de l’illustrer dans des articles ultérieurs à travers plusieurs exemples vécus).

Pour acquérir l’autonomie, la responsabilité et l’adaptabilité tant exigée dans le monde moderne qu’elle finirait presque par passer pour une vertu, il est nécessaire que l’enfant soit à l’écoute de lui-même, de ce qu’il ressent, de ce vers quoi le pousse son intérêt : tout cela ne dépend pas de l’adulte. Au mieux ce dernier peut-il se mettre à l’école de l’enfant… et non l’inverse, c’est-à-dire que l’enfant entre dans l’école que l’adulte a préparé pour lui (milieu artificiel à propos duquel Maria Montessori a d’ailleurs des mots très durs).

C’est également vers un puissant appel d’air pour la pédagogie, un appel à la liberté, qu’Antoine de la Garanderie nous convie lorsqu’il place à l’origine d’un acte de connaissance le « sens » :

« Pour constituer l’acte de connaître, je suis amené à placer en premier le sens, puisque c’est lui auquel la vie fait appel lorsqu’elle produit l’homme. […] Je te donne la vie dit la vie à l’homme pour que tu te poses la question de mon existence. Il faut que tu prennes sens que tu vis et il faut que tu en prennes sens comme question. Pourquoi ? »[6]

Ainsi, c’est à chaque être humain de donner une direction (un sens) à l’élan que la vie place en lui pour connaître. Là encore une prise de conscience est nécessaire, car il n’existe pas d’élève « paresseux », « non motivé », « incapable », « nul », etc. ; il n’y a que des êtres humains qui s’ignorent. En presque vingt ans, nous n’avons jamais croisé un seul élève en difficulté qui ne soit pas « intelligent ». Seule l’ignorance de ses propres facultés cognitives conduit à douter de soi-même dans les apprentissages. Il s’agit donc, pour le pédagogue de faire sentir et ressentir les objets du savoir, et ainsi permettre au sujet apprenant de contacter qui il est.

Enfin, c’est pour inviter l’être humain à une prise de conscience salutaire quant à l’abdication de sa liberté que Jacques Ellul décortique et dénonce le « Système technicien » :

« Le système technique grandit nécessairement dans le vide laissé par le retrait d’une activité profonde de l’être […] Tout ce que l’homme perd en présence, spontanéité, raison, authenticité, volonté, décision, choix, engagement, liberté, tout ce qu’il abandonne parce que c’est trop difficile, qu’il mène une vie trop compliquée, qu’il est trop fatigué ou inhibé, tout cela provoque à la fois un accroissement « spontané » du système technique, et l’automatisme de l’orientation de cette croissance. »[7]

Pour Ellul, la liberté véritable correspond donc à une « activité profonde de l’être ». Voici comment nous la comprenons au sein de l’association Moveo : faire en sorte de respecter le sens que vivent des enfants, les adolescents et les adultes que nous accompagnons, du début à la fin de chacun des cours que nous dispensons.

En quoi ces réflexions peuvent-elles avoir une application pratique immédiate ? Trois enseignements essentiels nous semblent pouvoir en être dégagés.

Premièrement, le pédagogue doit s’efforcer d’écouter ce que l’intelligence de l’enfant ou de l’adulte a à lui dire, quel que soit son âge et quelle que soit sa manière de le formuler. Et cette attention à l’intelligence de l’autre n’est pas une méthode, une stratégie ou un moyen pour parvenir à lui faire maîtriser des référentiels et acquérir  des compétences ; il ne s’agit pas d’un  moyen habile déployé par le détenteur d’une certaine autorité pour parvenir à ses fins, mais bien d’un intérêt réel pour la représentation, l’opinion, le sens vécus par cet enfant ou cet adulte. Or, force est de reconnaître qu’il s’agit là d’une recommandation peu évidente à suivre, étant donné que le professeur, l’enseignant, l’éducateur prend souvent la posture de celui qui inculque, forme, modèle celui qu’il considère –  l’élève, le stagiaire, « l’apprenant », etc. – comme étant là pour recevoir, acquérir, combler ses manques supposés.

Toutes les pédagogies du monde ne pourront remplacer cet intérêt gratuit et spontané du pédagogue pour cet « autre » qu’est l’enfant, le jeune ou l’adulte. Encore faut-il porter un intérêt exigeant et passionné pour la vie mentale qui sous-tend l’expression de cette intelligence : grâce à Antoine de la Garanderie, la voie est ouverte pour la découverte des « gestes mentaux » et des « projets de sens ». Enfin, le pédagogue dispose d’outils pour aider à prendre conscience de l’extrême précision des gestes mentaux pour réussir ses apprentissages !

Deuxièmement, ces constats formulés par quelques-uns des penseurs et philosophes les plus éclairés du siècle dernier nous invitent à la plus grande exigence quant à nos attentes vis-à-vis des personnes dont nous avons la charge en tant que pédagogue : faire confiance à l’individu,  à ses facultés cognitives et à son appétit naturel de connaître. Quels que soient les parcours, les difficultés, les échecs, la soif de connaître est toujours présente en l’être humain pour peu qu’on lui donne les moyens concrets d’accéder à sa vie mentale, grâce par exemple au « dialogue pédagogique » tel que le préconise Antoine de la Garanderie.

Troisièmement, il nous semble que la maîtrise de la langue française est la clef pour conquérir le sens dans tous les apprentissages et qu’à ce titre l’étude de la grammaire, de la conjugaison, du vocabulaire et des textes littéraires est à poursuivre bien au-delà de l’école primaire et du collège : cette entreprise de longue haleine devrait idéalement se poursuivre jusqu’en terminale pour les élèves scolarisés ; les structures de la langue, ses implicites, devraient être questionnés d’un point de vue philosophique ensuite… Comment prétendre former des individus libres, des hommes et des femmes debout, sans la maîtrise de la langue française ? Dans les temps troublés que nous traversons, il s’agit même d’un véritable enjeu d’humanité. Maîtriser la langue française, c’est apprendre à penser, apprendre à penser, c’est être libre.

 (À suivre…)

(Notre prochain article portera sur « la joie de connaître » avec une plongée dans la façon dont nous vivons le sens dans les apprentissages.)

Christophe


[1] Simone WEIL, L’enracinement, 1949, Gallimard, p. 22

[2] Ibid. p. 23

[3] Maria MONTESSORI, Pédagogie scientifique – La maison des enfants, 1958, Desclée de Brouwer, p.78

[4] Que l’on qualifie un peu trop rapidement, selon nous, de « pédagogie Montessori »

[5] Maria MONTESSORI, L’enfant, 1936, Ed. Desclée de Brouwer, p. 37

[6] Antoine DE LA GARANDERIE, Comprendre les chemins de la connaissance – une pédagogie du sens, Lyon, 2002, Chronique Sociale, p. 54

[7] Jacques ELLUL, Le Système technicien, Ed. Le cherche midi, 2012, p. 261

S’étonner, questionner, penser…

Bonjour à chacune et à chacun,

Pour compléter le site de l’association Moveo, j’ai le plaisir de vous convier à lire  les articles de ce blog.

Vous faire connaître progressivement les philosophes et les livres qui ont inspiré notre démarche, questionner nos évidences pédagogiques, proposer et compléter une « pédagogie du sens » et ce qu’elle implique concrètement pour ceux dont le métier est de former et d’éduquer… tels sont les principaux buts de ce blog.

Mais il en est un autre plus profond encore : celui de promouvoir une pédagogie respectueuse de l’être humain et de la vie. En effet, l’objet social de l’association Moveo n’est pas seulement d’aider les personnes à apprendre… mais de promouvoir une culture générale et de développer leur esprit critique.

Deux citations d’Antoine de la Garanderie ouvriront le bal et guideront les premiers pas de ce blog dans la direction du sens :

« Pourquoi, en effet, n’y aurait-il pas dans l’être humain, un appétit pour ce qui est intellectuel ? » – Antoine de la Garanderie, Plaisir de connaître, bonheur d’être. Une pédagogie de l’accompagnement, Chronique sociale, 2004, p. 18

« L’homme ne relève d’aucune forme de dressage, puisque c’est lui qui doit s’emparer de sa motilité pour lui procurer sa forme. On peut l’y aider, en aucun cas, on n’a le droit de se substituer à lui pour cette tâche. Elle relève de son initiative. » – Antoine de la Garanderie, Comprendre les chemins de la connaissance – une pédagogie du sens, Lyon, 2002, Chronique Sociale, p. 55

Vous l’aurez compris, nous nous situons d’emblée dans une perspective où nous ne parlerons pas de compétences, d’évaluation, de « processus d’apprentissage », etc. Quant à l’élève, le collégien, le lycéen, le stagiaire, la personne en formation, nous préférons l’expression « sujet apprenant » pour les désigner car, de bout en bout, la connaissance est un acte, un « faire » conscient…

Pour nous, apprendre relève de ce que la Garanderie appelle un acte de connaissance, c’est-à-dire qu’il engage tout l’être : sa sensibilité, son ressenti, son imagination, ses désirs, sa volonté, sa mobilité physique et mentale, son intelligence… bref son âme toute entière.

« L’âme est cause et principe du corps vivant […] elle est, en effet, l’origine du mouvement, elle est la fin, et c’est aussi comme la substance formelle des corps animés que l’âme est cause. » – Aristote, De l’âme, J. Tricot, Vrin, 1934, p. 87

Non, décidément, l’être humain ne relève d’aucune forme de dressage… C’est pourquoi il convient de respecter sa manière de connaître : ses envies, son rythme, ses gestes, ses évocations, son initiative et ce, quel que soit le lieu qu’il fréquente ou qu’il est obligé de fréquenter, depuis son plus jeune âge jusqu’à sa mort.

Les implications de ces constats sont immenses pour la pédagogie et nous tenterons de les développer et de les illustrer petit à petit.

(A suivre…)

Christophe